Les oiseaux interagissent avec les activités de l’homme. Il en résulte des conflits qui opposent l’homme à ces bêtes à plumes. Les oiseaux d’eau, à majorité les cormorans, causent des dommages importants dans les piscicultures. Ils causent des dégâts moins importants dans les lacs et les rivières et
des dégâts minimes dans le milieu marin. Les oiseaux frugivores, eux, causent des dégâts importants
sur les cultures fruitières. Ils occasionnent des pertes directes sur les fruits, mais aussi des pertes indirectes, puisqu’ils ouvrent la voie à des infections diverses. Les oiseaux granivores sont responsables de beaucoup
de pertes enregistrées sur les céréales dans le monde entier. Les plus redoutables appartiennent aux familles des plocéidés, passéridés, estrildidés et ictéridés.
Cette étude se propose d’étudier l’impact des oiseaux granivores dans les rizières du Burundi.
Elle a été conduite dans deux sites, à savoir la plaine de la Rusizi, à l’Ouest du pays, pour le riz de basse altitude, et dans les marais de Ngozi, au Nord du Burundi, pour le riz de moyenne altitude.
Cette thèse avait pour mission de vérifier l’hypothèse selon laquelle les oiseaux granivores causent des dégâts importants sur le riz. La réponse à cet objectif a nécessité d’organiser le travail en quatre axes.
Premièrement, quarante-cinq parcelles dans la plaine de la Rusizi et trente à Ngozi ont été choisies au hasard pour un inventaire ornithologique le plus exhaustif possible. Ces parcelles ont été subdivisées
en 3 catégories (2 à Ngozi) : parcelles gardées, non gardées ou gardées seulement le matin et le soir
(semi-gardées de la plaine). Cette étude a permis de mettre en évidence une liste des espèces d’oiseaux
qui ont un impact réel sur le riz, ainsi que les facteurs de motivation de leur visite.
Deuxièmement, une évaluation des pertes a été menée pour chaque parcelle en comptant les grains endommagés par épi (5 épis dans 5 point par parcelle ; 1875 épis comptés au total). Cette analyse a révélé que les champs gardés subissaient des dégâts plus importants que les autres champs : semi-gardés ou
non gardés. Dans les champs semi-gardés et non gardés, les pertes ne sont pas significativement différentes.
La moyenne des dégâts dans les parcelles de la plaine de la Rusizi était de 6,4% pour les gardées, 5,1% pour les semi-gardées et 4,8% pour les non gardées. Dans les marais de Ngozi, les pertes en grains était de 7%
là où les parcelles n’étaient pas gardées, alors que les pertes observées dans les champs gardés s’élevaient,
en moyenne, à 17%. Les effectifs d’oiseaux granivores correspondent à l’ampleur des dommages, puisqu’ils sont plus assidus dans les parcelles gardées. Ce constat paraît assez paradoxal, mais si les riziculteurs n’avaient pas gardés leurs champs, les dégâts auraient été plus importants. L’étude de la part des facteurs environnementaux a fait savoir que la plupart des oiseaux préfèrent visiter les parcelles entourées d’arbres, d’arbustes et de buissons et c’est là où les dommages sont les plus importants. Les parcelles sans structure ligneuse aux alentours sont moins fréquentées par les oiseaux et subissent nettement moins de ravages.
Troisièmement, la composition du régime alimentaire des Passer griseus et Euplectes orix adultes, ainsi que le menu des jeunes de Passer griseus a été étudiée dans quatre localités de la plaine de la Rusizi
à l’Ouest du Burundi. Les contenus stomacaux de cent individus adultes de chaque espèce ont été analysés. Sur dix nichées, le contenu de becquées (n=887) apportées aux jeunes de Passer griseus par les parents a été également étudié depuis l‘éclosion jusqu’à l’envol des jeunes. Sur l’ensemble des quatre sites, le régime alimentaire des adultes de Passer griseus se compose essentiellement de riz. Les autres « items » comme
les larves de lépidoptères sont insignifiants. La majorité d’Euplectes orix se nourrit également des grains
de riz. Elle complète son alimentation par des larves de lépidoptères, quelques autres insectes et surtout
des graines de gaminée sauvages : Panicum sp. et Brachiaria sp. Par contre, le menu des jeunes moineaux
à tête grise est beaucoup plus diversifié et varie dans le temps, de l’éclosion à l’envol. Le jour de leur éclosion, les oisillons mangent essentiellement des chenilles de lépidoptères. Du deuxième jour au dixième, le régime change et comprend des chenilles, des criquets (Orthoptères) et d’insectes variés : libellules (Odonates), mantes (Dictyoptères), termites (Isoptères) et papillons. Après cette période et jusqu’à l’envol,
les oisillons sont nourris progressivement avec des graines de riz.
Quatrièmement, l’étude de la composition biochimique des menus des deux oiseaux adultes indiquent que les deux espèces consomment, durant les premières heures de la journée, des aliments pauvres en protéines, soit près de 10% de matière sèche. En revanche, les contenus de jabots semblent être riches
en amidon dont les valeurs sont proches de 86%. Les teneurs calcium sont extrêmement faibles (0,01g/kg) tandis que celles du phosphore sont comprises entre 0,38 et 0,41. Les teneurs en K, Na, Mg sont caractéristiques des régimes à base de céréales et sont comprises dans les normes admises. Les teneurs
en oligo-éléments (Cu, Mn, Fe, Zn) sont également faibles. Les teneurs en cellulose sont faibles et sont proches pour les deux espèces.
Enfin, quelques pistes de réflexion sur la prévention de ces déprédations ont été proposées.