L’infection par le circovirus du pigeon (PiCV) observée régulièrement chez le
jeune pigeon voyageur et de chair a été décrite dans le monde entier et est
généralement considérée comme un facteur important du déclenchement du
syndrome de la maladie des jeunes pigeons (YPDS).
En utilisant un test sensible d’amplification en chaîne par polymérase (PCR), la présence de l’acide désoxyibonucléique (ADN) viral du PiCV a été mise en évidence chez 13 embryons sur les 66 examinés. Par contre, aucune mise en évidence de l’ADN viral n’a été possible à partir des écouvillons de jabot prélevés chez 64 pigeons adultes nourrissant des jeunes âgés de 1 à 10 jours.
L’ADN circoviral a également été détecté chez un nombre élevé de sujets
adultes (30 sur 39 pigeons examinés) et a été le plus souvent détecté dans les
organes respiratoires, incluant la trachée, le pharynx et les poumons, puis dans les tissus de la rate, des reins et du foie. Il a également été détecté dans l’ovaire et/ou les testicules de quelques sujets.
Les tests réalisés sur des écouvillons cloacaux et pharyngés et des échantillons de sang récoltés immédiatement avant l’euthanasie des pigeons adultes n’ont pas permis de détecter tous les oiseaux trouvés positifs lors des examens réalisés
post mortem. Des tests complémentaires réalisés par PCR sur des écouvillons
cloacaux prélevés séquentiellement sur 19 jeunes pigeons ont montré que 4
sujets excrétaient du virus à l’âge de 15 jours pour un seul au moment du
sevrage, à l’âge de 28 jours. Par contre la détection de l’ADN viral dans les écouvillons cloacaux a atteint 100 % chez les jeunes âgés de 51 jours.
Lors de la vaccination de jeunes pigeons naturellement infectés au moyen du Colombovac Paratyphus®, aucun signe clinique ni aucune différence statistique n’ont pu être mis en évidence entre le nombre de pigeons vaccinés et de témoins non vaccinés quant aux écouvillons et échantillons sanguins prélevés sur les oiseaux vivants et trouvés positifs par PCR, ainsi que sur les tissus examinés
lors de l’autopsie.
Une méthode PCR quantitative basée sur la technologie SYBR Green a été
développée et la validation de cette méthode sur divers échantillons tissulaires issus de jeunes pigeons présentant des symptômes du YPDS a révélé des quantités importantes de copies de génome dans certains tissus, jusque 2,88 x 10^8 copies par milligramme de foie, 5,57 x 10^8 par milligramme de rate et jusque 2,07 x 10^9 copies par milligramme de bourse de Fabricius (BF). Pour le foie, la BF et le sérum, la charge virale était significativement plus élevée chez
les pigeons malades que chez les oiseaux apparemment en bonne santé. De
l’ADN circoviral a également été mis en évidence en grande quantité dans le
sperme (jusque 1,0 x 10^7 copies par éjaculat) et sur les écouvillons cloacaux prélevés chez de jeunes pigeons (jusque 3,6 x 10^10 copies par écouvillon)confirmant par un apport chiffré les observations faites lors des deux premières études sur la transmission verticale et horizontale du virus.
L’analyse de sérums de pigeons prélevés en 1991 en Belgique a montré la
présence du virus six ans avant le premier diagnostic histologique.
Un test d’immunofluorescence indirecte (IIF) basé sur la détection de la
protéine de capside du PiCV obtenue en utilisant le système baculoviruscellules
d’insecte et permettant la titration des anticorps dirigés contre la capside
du PiCV a été développé. Vingt-sept des 28 sérums examinés et provenant de
pigeons naturellement infectés par le PiCV, dont 4 présentaient des symptômes
du YPDS, ont été trouvés positifs à des titres exprimés en logarithme de base 2
variant de 4 à 8 unités. Seul un jeune pigeon malade âgé de 4 semaines était
dépourvu d’anticorps mesurés par IIF.
Enfin, la mise au point d’un vaccin plasmidique codant la protéine de capside du PiCV a été réalisée en clonant le gène ORF C1 du PiCV dans le plasmide pcDNA 3.1/H5-HIS/TOPO. L’expression de la protéine de capside a été mise en évidence par IIF après transfection de cellules PK15. Deux groupes de 5 souris femelles, âgées de 6 à 8 semaines (BALB/c) ont été immunisées par voie intramusculaire (IM), dont un groupe vacciné avec le plasmide adjuvé par le phosphate d’aluminium. Après 2 et 4 immunisations les anticorps ont été mesurés par IIF et il a été noté que l’adjuvant avait stimulé la réponse immunitaire de manière conséquente. Ces résultats constituent un premier pas encourageant pour l’obtention d’un vaccin potentiel chez le pigeon.
En conclusion, l’importance du mode de transmission verticale du circovirus du
pigeon essentiellement via l’oeuf embryonné a été démontrée. Néanmoins, la
plupart des jeunes s’infectent dans le colombier pendant la période de postsevrage.
Les tests réalisés sur les futurs reproducteurs ne permettent pas l’exclusion des pigeons adultes infectés des programmes de reproduction et rendent donc l’éradication du virus difficile.
La vaccination au moyen du Colombovac Paratyphus® ne doit pas être considérée comme un facteur modifiant le déroulement de l’infection par le
PiCV.
La détection de quantités relativement importantes d’ADN viral pourrait être
corrélée au statut clinique du pigeonneau infecté par le PiCV.
Le rôle de l’immunité humorale spécifique devra être précisé quant à
l’expression ou non de l’infection.
Enfin, les modalités d’application du vaccin plasmidique, testé sur souris,
doivent encore être déterminées expérimentalement chez le pigeon.